Les rouages de la prostitution en Thailande
Par:
Herve FREDERIC
A la différence de la prostitution occidentale, on compte peu de souteneurs faisant travailler une ou plusieurs filles. Le marché est contrôlé par un réseau de proxénètes/fournisseurs et de tenanciers de maisons closes qui prélèvent une forte proportion (sinon la totalité) des hono¬raires versés.
Dans le pire des cas, les filles sont vendues ou abandonnées sous contrat par leur famille, parfois même enlevées et forcées au travail dans des conditions de quasi-esclavage. Il y a une quinzaine d'années, un hôtel de Phuket, rarement fréquenté par les étran¬gers, prit feu ; plusieurs jeunes femmes enchaînées à leur lit par les patrons de l'établissement périrent dans les flammes. Dans les bars de Patpong de Bangkok, que fréquentent les étrangers, la plupart des filles et des entraîneuses travaillent en semi-indépendantes. Elles gagnent leurs revenus en touchant un pourcentage sur les boissons commandées en leur honneur, et à l'occasion des ren¬dez-vous fixés hors des lieux, en général après la fermeture (si elles partent pendant les heures d'ouverture, le client est tenu de payer une "amende de bar" qui leur revient). Les tarifs sont ensuite négociés entre client et prostituée.
Selon une récente étude universitaire thaï, 90% des personnes — hommes et femmes — tra¬vaillant dans le commerce du sexe ont moins de 30 ans, 21 ans étant l'âge moyen. 53,2% d'entre eux sont célibataires, 38,86%, divorcés ou séparés, et 6,64%, mariés. Leur salaire mensuel moyen est de 5 000 B. La plupart n'ont pas fait d'études et viennent de régions rurales. Leur vie professionnelle dure au maximum 10 ans, mais en moyenne 2 ans ou moins. Après, de nombreuses femmes regagnent leur village d'origine — certaines avec un pécule pour leur famille, d'autres avec rien —, où on les traite étonnamment avec respect (ainsi une jeune villageoise peut très bien complimenter une camarade, en lui disant qu'elle est aussi jolie qu'une sôphenii). Les femmes souffrant le plus sont, semble-t-il, celles qui demeurent le plus longtemps dans la prostitution ; si elles n'ont pas économisé suffisamment d'argent pour en sortir (rares sont celles qui le font), elles se révèlent souvent inaptes au travail, en raison d'invalidités mentales et physiques, acquises pendant leur courte vie professionnelle.
Divers groupes de volontaires thaï s'emploient à conseiller les personnes qui se prostituent en Thaïlande, en les aidant à quitter leur métier ou en les informant sur les risques de contrac¬ter des MST ou le Sida. Grâce à de tels efforts, les dernières études indiquent que l'usage du préservatif chez les prostitué(e)s thaï avoisine les 94%.
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Source : Contenu Gratuit / Destinations