Pratiquer l’Ayurveda au Québec
Par:
Jonathan L. Raymond
Quelle situation un thérapeute en médecine alternative traditionnelle doit-il faire face dans un milieu urbain occidental ? L'expérience et la vision d'un praticien en herboristerie et en Ayurveda à Montréal.
L’herboristerie et l’Ayurveda à Montréal
Pratiquer une thérapie par les plantes en ville, entouré de bitume et de ciment, n’a rien du paradis herboriste de la campagne et de la forêt, même si bardane, plantain, trèfle rouge, stellaire et pissenlit (entre autres) se taillent hardiment une place parmi l’environnement urbain.
Je me sens parfois aussi seul et isolé de mes contemporains, obligé de constamment faire connaître et de justifier mes pratiques qui semblent parfois en opposition ou à contre-courant avec les tendances modernes.
Je dois vivre avec un sentiment de vulnérabilité face aux lois et aux règlementations défavorisent de fatco ma profession, obéissant souvent aux logiques et aux réalités corporatives et centralisées du monde de la santé.
Par exemple, pour affirmer la valeur thérapeutique d’un produit, il faut effectuer des analyses sur chaque lot de plantes utilisé afin de prouver leur teneur en molécules thérapeutiques. Encore faut-il que la science ait par chance eu l’occasion de prouver l’efficacité de ces constituants. Il s’ensuit qu’un produit doit être distribué à grande échelle pour être rentable, si bien que seule les entreprises de tailles moyenne à grande peuvent se permettre de commercialiser leurs recettes.
Attention à ce que vous dites !
De plus, je marche sur des œufs lorsque je donne une consultation, évitant de prononcer les mots qui conduiraient à ma perte si l’on intentait un procès contre moi. Il nous est bien sûr impossible de diagnostiquer ou de prescrire quoi que ce soit, ce qui est l’apanage des médecins, mais de plus nous ne pouvons pas prétendre qu’il soit possible de guérir une maladie considérée incurable. Nous pouvons être poursuivis si nous affirmons cela sans preuve.
Ce n’est pas en soit une mauvaise chose, cela nous protège bien sûr de ces fameux « charlatans », qui stigmatisent ma profession comme les « terroristes » stigmatisent les arabes en Occident. Je regrette cependant que des initiatives novatrices et potentiellement efficaces restent inconnues, faute de ne pas tomber dans les faveurs du Collège des Médecins et des budgets de recherche en santé qui demeurent largement au service du capital.
Les standards différents de la médecine moderne
À moins de faire preuve de grossière négligence, les médecins qui agissent dans le cadre des protocoles établis bénéficient d’une protection contre les poursuites, même si certains patients peuvent décéder en cours de traitement ou à cause des effets secondaires des médicaments. Les risques sont évalués et balisés et personne ne leur demande d’être absolument infaillibles. Par exemple, une femme peut développer un cancer suite à l’hormonothérapie mais le domaine médical considère les risques beaucoup moins importants que les bénéfices de l’hormonothérapie.
Aucune marge de manœuvre
En herboristerie ou en Ayurvéda, un traitement aux conséquences déplorables peut signifier un procès et la fin d’une carrière consciencieuse, même s’il s’agit d’une coïncidence fâcheuse. Aucune organisation de taille ni aucune loi ne protège les praticiens herboristes ou ayurvédiques d’un client mécontent ou déraisonnable.
L’usage d’une plante peut être interdit du jour au lendemain par les instances gouvernementales sur des simple soupçons, alors que les médicaments demeurent sur le marché malgré des centaines, voire des milliers de morts, jusqu’à ce qu’une preuve irréfutable de leur dangerosité soit établie.
Comparez les statistiques de décès par le système médical contemporain et les plantes médicinales et vous verrez l’iniquité et l’illogisme de notre méfiance envers les plantes médicinales ! Non pas qu’il faille agir sans prudence avec les produits naturels, bien sûr.
La gestion des risques
Le fond du problème, selon moi, est que nous remettons aux institutions nationales et internationales la tâche de déterminer ce qui est dangereux ou pas pour notre santé. Celles-ci sont contraintes de satisfaire à la fois le public et les impératifs économiques qui nous découragent d’interdire tout ce qui constitue un danger potentiel : plastiques, pesticides, médicaments, appareils à fort rayonnement électromagnétique, etc.
Hors, dans le domaine des plantes médicinales et des médecines alternatives, la suspicion règne et aucun poids lourd économique n’est présent pour contrebalancer cet état de fait au niveau des réglementations. Les compagnies pharmaceutiques ont alors le champ libre pour dominer le tableau.
Science et tradition réunifiées
Je suis malgré tout ardemment convaincu que les médecines modernes et traditionnelles ainsi que les approches scientifiques et les expériences individuelles ne s’opposent pas du tout, en réalité. Pour autant que l’on se donne la peine de considérer les limites de nos connaissances de part et d’autre, la tradition et la modernité peuvent se compléter à merveille et former une alliance extrêmement efficace et bénéfique pour l’humanité.
Voilà pourquoi je poursuis sans relâche ma pratique et mes enseignements en Ayurveda et en herboristerie à Montréal, en collaborant autant que possible avec les médecins et en apprenant des sources scientifiques. Je sais aussi tenir compte des enseignements traditionnels et du potentiel inouï des plantes médicinales, que l’on ne saura jamais circonscrire dans nos recherches, aussi approfondies soient-elles.
Je suis herboriste accrédité par la guilde du Québec et je pratique aussi l'ayurveda que j'ai appris de manière autodidacte ainsi qu'en recevant l'enseignement de maître à élève par mes mentors en Inde. J'ai fondé en 2010 le site Projetenvie.com avec ma compagne, Caroline Théberge, afin de promouvoir l'herboristerie, l'ayurveda, le yoga et la massothérapie et de distribuer de l'information pertinente à ce sujet. J'offre des services de consultation en ayurveda et en herboristerie ainsi que des ateliers sur ces sujets.