Inertie et Non-Effort
Par:
Seyhian Sarro
Article sur les questions spirituelles de non-effort et d'inertie.
INERTIE ET NON-EFFORT
Celui qui chemine spirituellement et qui travaille à sa libération intérieure a déjà pu reconnaître en lui une force qui s’oppose à l’aspiration évolutive qu’il souhaite pourtant cultiver et amplifier pour pouvoir manifester sa véritable nature. Cette force est l’inertie et le non-effort. Selon les traditions et les courants mystiques et religieux portant sur l’éveil spirituel et la maîtrise de soi, il peut parfois sembler y avoir une dichotomie flagrante entre des enseignements qui pourtant poursuivent l’objectif de rendre l’être humain libre de ses propres chaînes. Certains d’entre-eux mettent l’accent sur l’importance cruciale de l’effort sur soi-même à entretenir à chaque instant, alors que d’autres invitent plutôt au lâcher-prise total, à l’abandon à l’instant présent.
Dans le Taoïsme par exemple, cette notion de non-effort, de non-agir (traduction littérale de « wu-wei ») revient régulièrement et est même le point central de sa philosophie. En fait, il faut apporter une nuance à cette notion de non-effort. La traduction qui a été faite de « wu-wei » pourrait suggérer une certaine passivité et inaction, voir carrément une désolidarisation de ce qui se passe dans la matière. Il se peut que certains enseignants et disciples aient pu interpréter cette notion de cette manière, mais il s’agit à notre sens d’une grande erreur. D’ailleurs, entre parenthèse, elle est parfois présentée telle quelle dans certains enseignements transmis soi-disant par certains « Êtres de Lumière » provenant des hautes sphères, sous-entendant qu’il n’y a rien à faire étant donné que les Puissances célestes s’occupent de tout et font transiter la terre dans une nouvelle dimension, invitant les êtres humains à se laisser porter par courant naturel évolutif. Il s’agit là d’une tentative de manipulation des forces de l’ombre, passant par la voie du channeling pour disperser leur venin d’illusion. S’il y a effectivement du changement au niveau du macrocosme, l’être humain se doit de fournir des efforts appropriés pour s’aligner sur ces changements, au risque d’accroître son déséquilibre intérieur.
Le niveau de conscience actuel de l’être humain (sans généraliser) est encore un état d’identification à des schémas de pensées égotiques, où il se perçoit en tant qu’entité séparée du tout. Des milliers de conditionnements, de croyances, de mémoires, de valeurs, de concepts teintent sa vision du monde et lui confèrent cette perspective de dualité. L’ensemble de ces conditionnements, que les bouddhistes nomment « sankhara », a sa propre force d’inertie qui ne demande pas à être entretenue par l'effort. Cela se fait tout seul, par habitude quelque part. Des chemins de conscience (ou plutôt d’inconscience) sont empruntés depuis des années et de véritables sillons se créent dans la psyché, faisant réagir la personnalité selon les mêmes modèles de comportement, encore et toujours… comme un vulgaire robot préprogrammé. Si aucun n’effort n’est produit pour sortir de ces sillons d’inconscience (qui s’apparentent parfois à de véritables tranchées abyssales), eh bien la conscience de veille amplifie l’inconscience et fait le jeu des forces involutives en elle (et celles du monde extérieur évidemment).
L'inertie est en effet l'arme privilégiée de notre nature inférieure. Elle n'aura de cesse de faire les efforts nécessaires pour bombarder la conscience de veille de stimuli auxquels cette dernière aura facilement tendance à s'identifier et auxquels elle accordera une foi aveugle si elle n'est pas suffisamment vigilante, lui conférant le pouvoir de la plier à sa volonté involutive. Drôle de paradoxe que voilà ! L'ombre intérieure ne dort jamais, travaillant sans relâche pour sceller son emprise sur l'incarnation, s'appuyant sur le seul et unique levier dont elle dispose : le manque de maîtrise de la conscience de veille insuffisamment vigilante et consciente des énergies qui la traversent et qui tentent par tous les moyens de l'influencer.
L'inertie est donc un ensemble de conditionnements, de croyances et d'habitudes formant une énergie foncièrement opposée à celle de nature évolutive en provenance du Moi-Suprême, embourbant l'Âme dans une glue dont il lui sera d'autant plus difficile de s'extraire si la conscience mentale identifiée à l'ego s'y est allègrement vautrée pendant des années, creusant ces fameux sillons d’inconscience dont nous parlions plus haut. Il faudra à un moment ou à un autre que la conscience mentale se réveille et s'aligne sur la volonté de l'essence Divine qui l'anime en faisant les efforts appropriés pour se dépêtrer du bourbier dans lequel elle se sera elle-même placée.
L'aspect particulièrement perfide est que cette inertie est solidement et profondément implantée dans la psyché de part les schémas auxquelles la conscience mentale s'identifie donc parfois depuis des années. Il peut s'agir d'un manque de confiance, d'un sentiment d'indignité ou d'incapacité, de doutes, de peurs, etc. Aussi, il peut s'agir d'un besoin d'approbation et de valorisation qui chercheront à être satisfaits par la dépense d'une énergie parfois colossale, qui sera déclenchée sans donner l’impression à la personnalité qu’il faille faire le moindre effort en rapport. La cause de cet élan d'auto-sabotage peut également provenir d'un manque intérieur cherchant à être compenser par une activité devenue routinière, en laquelle la personnalité verra un palliatif dont le recours sera toujours bien plus aisé que le véritable effort sur soi-même qui en viendrait pourtant définitivement à bout.
L'ombre intérieure connaît toutes les failles et sait par lesquelles elle aura le plus efficacement la possibilité de s'engouffrer pour faire plier la personnalité à SA volonté. Elle la pilonnera de l'intérieur sans relâche en induisant en elle le besoin de satisfaire ses pulsions morbides, un peu à la manière de messages subliminaux. Toutes les dépendances en sont de parfaits exemples, quelles qu'elles soient (internet, shopping, lecture, nourriture, alcool, sexualité, jeux vidéos). Une fois le schéma de comportement ancré dans le subconscient, il devient automatique et robotise la personnalité, qui à chaque fois qu'elle s'y identifiera, le nourrira et amplifiera le sillon qu'il emprunte jusqu'au conscient pour induire le comportement qui cristallisera l'énergie involutive dans la matière par le passage à l'acte.
L'être humain est un magicien, et il créé sa réalité. Qu'il utilise son pouvoir créateur dans l'inconscience en s'identifiant à des pensées involutives n'altère en rien ce pouvoir. Bien au contraire, car l'identification inconsciente est un excellent moyen de franchir la barrière mentale pour ensemencer le subconscient, qui créera ensuite la réalité tôt ou tard, par le biais d'un comportement et d'une situation spécifiques. La conscience modèle les futures réalités qu'elle se amenée à vivre par l'entremise des outils de création que sont la pensée et l'émotion. La nature vibratoire de ces deux clés du pouvoir créateur déterminera la nature vibratoire de la réalité qu'elles auront permis de manifester jusque dans la monde physique...
Des psychologues ont affirmés que les pensées créées par l'homme lambda en une journée sont à 98% les mêmes que celles des jours précédents. Si l'homme devient ce qu'il pense et que ce qu'il pense est répétitif, alors il devient un ensemble d'habitude et de routine, conférant à l'ombre cette puissance d'inertie. Cela nous laisse entrevoir toute l'importance de ne pas s'identifier aveuglément au mental conditionné afin de laisser une chance l'intuition de se frayer un passage. Vigilance, maîtrise, conscience sont les maîtres-mots. En s'alignant sur l'intuition par l'orientation maîtrisée et consciente de ses pensées et de ses émotions, la personnalité devient l'instrument du Divin et brise l'inertie, s'engageant de fait sur la voie du milieu et de l'action juste !
Malheureusement, le fait d'avoir connaissance de cela ne suffit pas, loin de là, car la connaissance, au même titre que la volonté, ne sont pas garantes du passage à l'action. En effet, elles doivent être accompagnées de l'effort adapté afin de permettre à l'énergie enclenchée par l'intention de poursuivre son chemin jusqu'à sa pleine et entière manifestation dans la matière. Si, en étant identifié à l'ego, la conscience de veille cède aux mauvais penchants de sa nature inférieure la tentant par l'appât alléchant du non-effort, elle se coupe de son pouvoir créateur et de la source d'énergie à laquelle elle est pourtant reliée à chaque instant, renforçant d'autant plus l'inertie involutive et le pouvoir de l'ombre qui la pilote à son insu. Ainsi, c'est bien de vouloir, mais c'est encore mieux de cultiver le sens de l'effort pour ne pas tuer dans l'œuf l'élan de notre potentiel créateur orienté dans le sens du courant évolutif de l'Âme-Lumière que nous sommes nous donnant à chaque instant l'opportunité de reprendre les rênes de notre incarnation...
Une mauvaise habitude ne se combat pas, elle se remplace...
A ce niveau, la solution est de cultiver ce sens de l'effort par un état d'esprit résolument orienté vers ce que l'on veut vraiment. S'il n'est pas possible de combattre une vieille habitude conformément à ce que disait C.G. Jung lorsqu'il affirmait que ce à quoi on s'oppose résiste, autant focaliser nos ressources psychiques sur l'idéal que l'on souhaite atteindre. La maîtrise des pensées orientées dans ce sens permettra de reprogrammer petit à petit le subconscient en écrasant les anciens schémas-habitudes-croyances-conditionnements par des nouveaux programmes plus en phase avec notre aspiration véritable. Et progressivement, la réalité se calquera sur ce nouvel ancrage... réduisant l'inertie d'autant sans l'avoir pourtant combattue.
Cet état d'esprit focalisé sur ce que l'on veut vraiment devrait naturellement fournir l'énergie émotionnelle de joie et d'enthousiasme facilitant le passage à l'acte. Toutefois, à ce moment là, il faudra être très vigilant pour conscientiser et se désidentifier des anciens schémas qui tenteront encore de percer et de souiller la nouvelle énergie psychique. Voilà ce qu’est la Maîtrise de soi, la capacité à maintenir un degré de vigilance suffisamment élevé et constant pour ne pas se laisser conditionner par les bas instincts de la nature humaine, avec ce regard emplit de la compassion, de la bienveillance et du pardon de l'Amour, mais avec la fermeté et l'intransigeance de sa Force.
En outre, il est important de ne pas se complaire dans l’admiration du travail accompli une fois celui-ci terminé. Il n'est pas question de ne pas savourer la joie inhérente à l'effort (et au sur-effort) et à l'œuvre qu'il aura permis de réaliser, mais de ne pas se reposer sur ses lauriers en partageant l'idée que ce qui vient d'être créé est un aboutissement en soi. Cela serait tout simplement une ruse de plus induite par l'ombre souhaitant saboter le nouvel élan évolutif par l'induction de la croyance qu'un relâchement est bien mérité et normal. Et nous ne parlons évidemment pas du besoin de repos après une forte dépense physique, évidemment. Dans le même ordre d'idée, il faudra aussi pouvoir déjouer le piège de la fierté égotique de la valeur du travail réalisé, tout autant que son opposée d'ailleurs : un abandon et une dévalorisation suite à un attachement au résultat jugé insuffisant par la conscience mentale au regard des normes sur lesquelles elle se base et à sa représentation déformée de la notion de perfection.
En cela, le repos éternel et l'image du Divin contemplant sa Création les doigts de pied en éventail est un mythe, assurément ! Nous voyons donc que la notion de non-effort telle que prônée par le Taoïsme n’a rien à voir avec l’inaction et la passivité. En réalité, « wu-wei » traduit l’action de ne pas « réagir » selon cet ensemble de conditionnements que nous avons décrits plus haut, pour stopper cette inertie involutive et s’ouvrir à une conscience plus vaste de soi-même. Il s’agit en fait de redevenir Conscience pure, ou Conscience coupe. S’il y a donc un effort à fournir pour sortir de l’identification aux anciens schémas, il n’y en a pas à faire pour être Conscience pure. Il ne s’agit pas d’un état de conscience altéré. Au contraire, c’est l’état de conscience naturelle de l’être humain. C’est plutôt l’état d’identification à l’ego qui est un état altéré de conscience, un dysfonctionnement quelque part.
Il faut vouloir élever son regard au-delà des anciens schémas de fonctionnement, et cette volonté implique un effort sur soi-même. Il ne s’agit pas tant d’un effort de contrôle, mais d’une vigilance de tous les instants pour ne pas se faire emporter par cette inertie involutive. Par contre, l’état de Conscience pure en lui-même n’impose aucun effort. Il n’a pas à être créé car il est déjà là, partout, à chaque instant. L’effort doit être produit dans le fait d’élever le regard et de syntoniser la conscience de veille sur celui de cette conscience pure. Comment le faire me direz-vous ? Eh bien c’est là qu’on peut y voir un paradoxe en effet, car il n’y a rien à faire, mais tout à être. La conscience pure est une observation équanime de tout ce qui survient dans la réalité, telle que cela est. Observer les choses telles qu’elles sont, dans leur nature profonde, dans leur vibration pour ainsi dire. C’est une vision pure et dénuée de toute interprétation mentale. Elle est fondamentalement inclusive et unitiste.
La nuance est donc très subtile. Il faut vouloir élever le regard au-delà de la dualité et faire l’effort approprié dans le simple fait de lâcher le besoin de contrôle mental pour s’ouvrir à la nature intrinsèque de ce qui se passe dans notre réalité intérieure et extérieure. Si vous produisez un effort pour contrôler la dualité en vous, et bien vous créez un modèle plus pernicieux de dualité. Celui qui contrôle et ce qui est contrôlé : deux, duel, dualité ! Il y a la volonté de se libérer de quelque chose qui nous entrave, et cette intention constitue un jugement indirect de ce qui est (comme un aspect nuisible en l’occurrence, donc polarisée négativement). Être Conscience pure, c’est faire UN avec ce qui est. Il s’agit donc d’un accueil inconditionnel, d’une acceptation et d’un lâcher-prise total. Nous sommes à ce niveau dans la manifestation d’un aspect de la Conscience Divine, en l’occurrence l’Amour-Force, magistralement symbolisé par la 11ème lame du tarot de Marseille : la FORCE. Comprenez donc que cet aspect n’est pas séparé de nous. Il est déjà là, ici et maintenant, en nous, et il n’appartient qu’à la conscience de veille d'élever son regard pour percevoir le monde depuis cet état de conscience pure.
Voilà la raison pour laquelle nous disons souvent que la Voie de la réalisation spirituelle est simple, sans pour autant être facile. Elle est simple car il n’y a rien à faire mais tout à Être, mais elle est difficile car il y a cette inertie involutive qui nous maintient fortement ancré dans la vision duelle de la vie.
Pour conclure, revenons sur cette notion de « wu-wei ». Vous comprenez désormais sûrement mieux qu’elle n’incite pas à l’inaction, mais à la maîtrise de soi-même par l’élévation du niveau du niveau de conscience. Le fait de ne pas réagir selon les anciens programmes inconscients ne veut pas dire qu’il n’y a plus d’action (sinon on fait quoi, on végète comme des légumes ?). Bien au contraire, mais cette action ne sera alors plus motivée par l’énergie de l’ego et de la dualité. Et si l’énergie à la base de l’acte n’est plus motivée par la vision égotique, alors elle s’inscrit forcément dans l’Unité… raison pour laquelle on appelle cela l’action JUSTE.
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Source : Contenu Gratuit / Actualités