Suis-je libre ? Je ne le pense pas. La liberté n’est pas seulement l’occasion potentielle de quelque chose qu’on a le choix de ne pas faire, car souvent les actions humaines s’affirment sur des instincts primaires comme la crainte.
D’ailleurs, la plupart des choses que l’on fait sont affran-chies de crainte. Bien sûr, n’entre pas en jeu que la crainte, il y a aussi l’amour et autres passions, bien que la crainte attend pa-tiemment le moment opportun pour motiver une action.
Je peux justifier de cela en analysant simplement le fait qu’en réalité la crainte est un facteur majeur qui survit et tra-verse les générations dans l’ensemble de l’évolution biologique par une sélection naturelle. Les organismes qui ont le plus l’ex-périence de la crainte sont plus prudents et ils défient leur environnement par des actions et des opérations en tenant compte des dangers vitaux. Dans leur aversion, ils soutiennent leur ligne de vie ou mieux, ils contribuent à la sauvegarde du patrimoine génétique pour les générations futures, et ils aug-mentent finalement leur forme physique darwinienne (transmission des gènes à la génération suivante). Nous pou-vons assurer que l’expérience de la crainte est le résultat d’une lente évolution très prolongée. Dans son livre “La société de la peur”, Christophe Lambert argue que la société moderne est basée sur la crainte. Il est possible que cette crainte soit due à des pertes financières, au chômage, ou à l’impossibilité d’entretenir sa famille, mais cela inclut aussi la crainte de la solitude, de la vieillesse, de la maladie, et bien sûr, la crainte de la mort. Lambert fait un dur bilan de la société moderne, expliquant qu’elle provoque la plupart des craintes en impo-sant des valeurs concurrentielles et en rehaussant l’intensité de la vie. Un de ses soucis principaux est la télévision, qu’il appelle « Le nouvel opium du peuple ». Au début ce nouveau fait de société partait d’un bon sentiment. Ce dispositif était une extension des idées, un nouveau mode de connaissance très positif du début des années 50. L’élargissement des points de vue et la connaissance pour la couche populaire sur les autres nations et les événements dans le monde ; mais avec le temps, c’est devenu une sorte de manipulation et il était difficile pour les téléspectateurs de faire la part des cho-ses entre la vérité et les dramatisations. Lambert mentionne que notre société au début du vingt et unième siècle se rap-pelle encore des conséquences des tentatives d’accomplir les idéaux utopiques des quelques grands penseurs du vingtième siècle : Nietzsche, Marx, et Freud.
Nietzsche a continué d’explorer le sujet sur l’existence de Dieu, et a donc fini le travail des philosophes de l’éclaircissement et de la révolution française. En déclarant que Dieu est mort, il a entamé une profonde rupture avec la croyance de la pleine puissance divine. Il a aussi créé le concept du “super homme” qui a été la base des idéaux nazis pour amé-liorer la race humaine.
Karl Marx a créé une économie utopique, une théorie criti-que de la vielle branche capitaliste du dix-neuvième siècle, mais il a également fait de fausses prévisions sur le futur développe-ment de la lutte des classes, ce qui a finalement créé une base pour de nombreux états communistes. Cela a presque mené à une guerre nucléaire globale et à une extinction complète de l’espèce humaine.
Sigmund Freud, probablement le plus innocent des trois, a déve-loppé la théorie du subconscient, arguant que la majeure partie des motivations des gens était basée sur l’agression et la libido. Cela a mené à une série de révolutions sexuelles tout au long des décennies 20, 50, 70, et 80 du vingtième siècle. Plus chanceux, Freud n’a pas créé de grands dommages à l’échelle globale et en a été quitte pour une série de succès en développant les théories psychanalytiques. Mais nous ne pouvons ignorer que ses idées ont eu une certaine in-fluence sur le taux de divorces et ont compromis la stabilité des institutions familiales en diminuant la valeur des relations humaines, réduisant le niveau du “libido-agression”.
Christophe Lambert, de nouveau, évoque les statistiques du taux de divorce en France, qui ont accru de 400 % les quarante dernières années. Selon d’autres statistiques, un mariage sur trois aux États-Unis finit par un divorce. La solitude, l’absence du support familial, la confusion religieuse, les rapports sexuels indéfinis et les médias frustrants et effrayants ont contribué à l’élaboration du portrait com-plet de nos craintes.
Comment est-il possible de ne plus rien craindre ? La seule manière que je peux voir, c’est de combattre les facteurs qui engendrent la crainte, ceux que nous avons analysés ci-dessus. Afin de combattre la solitude, nous devons apprendre à cons-truire une relation mutuelle et ne pas attendre plus que l’autre partie ne peut donner (tel que Lambert l’a expliqué). Internet sépare les gens plutôt que de les rapprocher, car il élimine les contacts personnels. Personnellement, je ne peux pas être d’accord sur ce point de vue, car aujourd’hui Internet permet les télécommunications vidéo et il intensifie la socialisation, en dé-pit des distances importantes de part le monde. Ainsi je disais que nous devons féliciter Internet qui est un média merveilleux pour construire de belles relations humaines et faire des ren-contres amicales. Un véritable boulevard est créé sur la toile pour faire des rencontres professionnelles avec des collègues ou des étrangers, qui autrement n’auraient pas été possibles. Nous devons aussi admettre qu’Internet est un moyen sûr de se ren-contrer ; en effet on n’aura jamais vu un assassin en puissance devenir un criminel virtuel… Quoique !
Nous ne pouvons minimiser l’importance les besoins basi-ques de chaque individu d’avoir une sorte de croyance qui peut, ou pas, être basée sur des conventions religieuses. Peu importe si un individu choisit d’être croyant ou athée, ce qui est très im-portant est de construire un système de croyance qui rendra la vie plus agréable et stabilisée.
Lambert a aussi argué que la principale occupation de l’être humain dans la société moderne était la consomma-tion. Les sexes-symboles sont devenus une commodité plus importante que l’huile, le blé et le sucre. De la même ma-nière qu’une consommation excessive de sucre n’est pas bonne pour la santé et peut causer le diabète, une consom-mation excessive de sexes-symboles n’est pas bonne pour l’âme ou la famille et fait éventuellement parvenir à l’isolation et la solitude. Alain Delon, le fameux acteur français qui a fait chavirer les cœurs des femmes de part le monde pendant presque un demi-siècle, passe désormais sa vie en solitaire en plaisante compagnie de ses trois chiens et un chat, comme l’a assuré le magazine “Paris Match” à ses lecteurs. Quand on lui a posé la question lors d’une inter-view, pourquoi il n’était pas heureux et vivait seul, il a répondu : “Je n’ai pas été programmé pour le bonheur. J’ai été programmé pour le succès.” Ses deux choses ne viennent pas toujours de pair. Par conséquent, le monde commence à virer de bord à l’approche des années et 70 et 80, des va-leurs démodées de la famille que nous pouvons choisir d’adopter pour obtenir la liberté de craindre la solitude et l’isolation.
Il est important de restaurer les valeurs démodées de la fa-mille qui ont été détruites dans la marche en avant de l’industrialisation et la post-industrialisation. L’émancipation, qui a accordé l’égalité des droits aux deux sexes, a aussi un mauvais côté, car elle a privé les femmes de leurs privilèges en tant que sexe faible et qu’elles aimeraient bien restaurer. Dans l’ère de l’émancipation totale, la société a failli dans l’éducation et la protection des enfants en n’offrant pas le niveau approprié qui aurait dû être fourni activement par les parents. Il est donc nécessaire de construire des relations familiales fortes en utili-sant des compromis et en exprimant un intérêt sincère aux problèmes et aux croyances de vos êtres chers. Cela peut au moins nous procurer l’espoir de ne pas nous retrouver seul et isolé au crépuscule de notre vie.
Je crois qu’en limitant l’exposition aux médias, nous pou-vons substantiellement réduire notre niveau de crainte et d’anxiété. Nous ne réalisons pas combien est forte l’influence des images que nous voyons à la télévision. Une jeune femme qui réside dans un tout petit village de la France profonde était interviewée sur TF1 et elle expliquait qu’elle était très angois-sée. Quand on lui a demandé pourquoi, elle a déclaré : “Avec tout ce que l’on voit à la télé on a des raisons d’avoir peur”. Si la télévision a un impacte aussi négatif dans la vie des modestes habitants de villages aussi reculés, que pouvons-nous attendre de la frénésie des gens habitant nos modernes et grandes villes ?
La protection contre l’exposition excessive des medias pour-rait réduire notre surconsommation, et donc nous protéger des obsessions contre la hantise de la consommation comme point central de nos vies. En abandonnant la consommation comme mode de vie, nous serons surpris de réaliser combien peu de choses sont vraiment nécessaires pour supporter notre existence.
Quand nous parvenons à vivre dans une totale insouciance, nous devons tout de même trouver le moyen de surmonter nos craintes, car il n’y a rien de plus angoissant que nos propres craintes. La seule question qui reste en suspend est : sommes-nous prêts à affronter la possibilité d’une existence libre ?
Bernard (Bruce) Kriger est un auteur scientifique prolifique dont le travail a été édité dans un certain nombre de langues. Il est membre de plusieurs associations comprenant : l'Association des Auteurs Canadiens de la Science, l'Association Philosophique Canadienne, l'Académie Internationale de la Science, Société du Monde la Future, la Société Nationale de l'Espace et la Société Astronomique Royale du Canada et Société Planétaire. En 1996 il a fondé sa propre organisation appelée le Groupe de Recherche de Kriger www.kriger.com . Bernard Kriger a dynamisé le groupe en rassemblant d'autres organismes de recherches et en formant des établissements pour différents projets scientifiques comprenant, entre autres, la recherche et le développement cliniques de les médicaments. Une critique à formuler, vous pouvez contacter l'auteur directement : bruce@kriger.ca (le site: www.krigerland.com ).
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